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un dimanche au canal Saint Martin

1 avril 2014

Il y avait des rumeurs déjà dans ma promotion (autant dire que cela remonte un peu), et puis il y a eu une publication commune de l’ABF, ADBGV et ADBU…les choses semblent se préciser: les conservateurs territoriaux ne seraient plus formés avec les états à l’avenir.

A l’époque où mes fonds des jeans s’usaient sur les bancs de l’enssib j’aurais payé cher pour entendre ce que je voyais comme mon seul salut contre l’ennui. Seulement voilà quelques années ont passé…et je n’aurais jamais pensé écrire ce que je m’apprête à écrire.

Que les choses soient claires: mon regard sur ce que furent ces 18 mois n’a pas changé d’un iota, je me suis ennuyée comme rarement dans ma vie et je crois n’avoir jamais eu le sentiment d’avoir à la fois tant de moyens fantastiques à portée de main et de voir tel gâchis.

Il faut préciser, à la décharge de l’enssib, que sans doute je suis une erreur de casting depuis le début, une fausse externe à quelques mois de pouvoir le passer en interne, avec déjà une solide expérience (extension, rénovation, mise à niveau de collections, marchés publics, réinformatisation, une équipe dite « rock’n’roll », et rebelote nouveau projet d’établissement, architecte, etc…).

Il faut préciser aussi que déjà lors de la formation initiale de bibliothécaire (les 120 jours de la « grande époque », voilà que je me fais l’effet d’un vétéran) j’avais déjà remercié d’un commentaire peu aimable la partie de ma formation assurée par l’enssib, via le CNFPT, d’un « merci mais l’intérêt des bibliothécaires c’est qu’ils savent lire les ouvrages du cercle de la librairie »…oui je sais la diplomatie et moi c’est une longue histoire.

Pourtant je mesure maintenant tout l’intérêt de ce que certains ont baptisées des « fertilisations croisées » (sérieusement j’espère que c’était de l’humour?). Et pourtant ceux qui ont passé ces 18 mois avec moi pourraient vous dire à quel point j’étais peu sociable (je crois bien n’avoir participé à aucune soirée…) et que cela ne c’est guère amélioré depuis, vu le peu de nouvelles qu’ils reçoivent de ma part (même ceux dont j’étais la plus proche)…pour la fertilisation croisée il faudra repasser!

Pour autant un relationnel de noms et de référents se constitue à travers cette formation et fait que l’on sait toujours qui est pointu sur ce sujet ou qui peut me rencarder sur ce sujet. Et c’est précieux. La semaine dernière encore lorsque mes équipes du patrimoine cherchaient un référent sur le sujet du traitement des collections en cas d’infestation ou d’inondation, pour la formalisation de leur plan d’urgence, j’ai réouvert mon dossier et retrouvé rapidement le nom d’un référent à la BnF.

C’est d’ailleurs singulier ce clin d’oeil car le cours de ce collègue (scientifique de métier) est le seul que j’ai adoré et applaudi. Là aussi ceux qui me connaissent vous diront que ma première et ma dernière vocation(s) ne seront jamais les maroquins (citron ou pas) et donc à fortiori les plans préventifs d’urgence…et pourtant ce cours m’a marquée au point que je ne traverse jamais les magasins sans inspecter sur la présence d’éventuels « fauteurs de troubles patrimoniaux » …et que j’ai lu et complété le plan de mes équipes!

Alors oui je me suis terriblement ennuyée à l’enssib, oui tout le programme est à revoir et les intervenants aussi. Mais ce n’est pas nouveau, je l’ai toujours entendu dire, on ne peut donc pas rejeter cette faute sur l’équipe actuelle (et là aussi on peut dire que je n’y ai pourtant que peu d’amis, que je garde quelques solides inimités). Certains intervenants (rares heureusement) commençaient d’ailleurs leurs cours en partageant avec nous leurs interrogations sur pourquoi ils étaient là et de quoi ils devaient nous parler. Je ne peux pas croire que qui que soit, soit invité à former des conservateurs, par l’enssib, sans avoir un sujet ou un thème. Et même si cela était vrai ils pouvaient toujours joindre le chargé d’enseignement pour poser la question.

En évoquant les intervenants je mesure aussi toute la difficulté de l’exercice, je sais depuis mes quelques expériences que jamais je n’écrirais d’ouvrage professionnel, je suis lucide sur mes compétences. Pour autant je pense que mes interventions comme formatrice pour l’ABF ou sur un thème dont je suis spécialiste, sont bonnes. On n’est pas doué pour tout, en tous cas nous ne sommes pas tous doués pour tout (enfin certains si). Il ne faut pas répondre quand on sait ne pas assurer, vous avez donc compris que c’est inutile de me solliciter pour un article et à fortiori un livre et je décline de manière systématique.

 

Maintenant que cela est dit, comment construire et réformer? Parce qu’il n’est rien que je trouve plus inutile que la critique qui ne propose rien.

Il faut ouvrir le concours à des profils autres, c’est une évidence au vu de ce que deviennent nos métiers, d’autres l’ont dit mieux que moi (Daniel Bourrion pour ne pas le citer). Des scientifiques, des informaticiens, autre chose que des enseignants  de sciences humaines à la vocation perdue,  et surtout autre chose que des « bêtes à concours » issus de classes prépas (je le dis avec d’autant plus de liberté que mon profil est …sciences humaines, droit et bête à concours). Il nous faut des spécialistes auxquels proposer des parcours de formation à l’enssib avec un socle commun de culture bibliothéconomique et l’enrichissement de leurs spécificités. Nous avons de plus en plus besoin de spécialistes de l’informatique documentaire, des sigb, des données pour le web sémantiques mais aussi d’architectures informatiques pour discuter sur un pied d’égalité avec nos DSI, pour que nous soyons pleinement acteurs et force de propositions.

Il nous faut des spécialistes dans les domaines juridiques, et si possible qu’il n’y en ait pas que deux ou trois en France. Je pense que les boîtes mails d’Yves Alix, Lionel Maurel et Thomas Fourmeux pourraient nous en être gré. Mais il faut aussi que chaque conservateur sortant de l’enssib sache comment l’on rédige un arrêté d’exclusion temporaire et à qui il s’adresse dans le cas d’un mineur, pourquoi on ne donne pas à l’usager le livre qu’il a abîmé et qu’il rembourse (du moins pas sans un minimum de procédures). Les conservateurs sont ceux qui vont piloter l’adaptation des règlements de leurs établissements, les dossiers de demandes de subventions (MCC, ou européens), qui doivent avoir des bases pour se déterminer sur ces sujets.

Et il nous faut des formations adaptées: je suis toujours un peu effrayée de penser que mes camarades de promo qui n’étaient pas des internes ou de faux internes comme moi, sont sortis sans savoir comment on gère un projet de construction, combien de mètres de livres ou de périodiques on rentre en X m², comment on vérifie que la sécurité des biens et des personnes y seront garanties, comment l’organisation des espaces impacte le management, etc….et comment on applique les normes handicap. Bref des gens à même de suivre des réunions de chantier et de les piloter, parce que oui cela nous arrive (et le jour où cela vous arrivera vous penserez à moi!). Ils pourraient faire comme moi, à l’époque où j’étais bibliothécaire, en lisant les livres idoines, mais l’avantage de la formation commune fait que l’on sait qui est pointu sur ce sujet et donc à qui téléphoner.

 

Au-delà de cela ce que j’ai pu retenir comme incohérences dans ma formation à l’enssib (et encore certains enseignants vont bénéficier de ma mauvaise mémoire):

– 5 intervenants de la BnF et on a eu droit 5 fois à l’histoire de la BnF: outre le fait que nous n’étions pas assez crétins pour ne pas la réviser avant de passer le concours, je suis sûre qu’il se passe suffisamment de choses fascinantes à la BnF pour alimenter 5 cours. La meilleure preuve en a été l’intervention sur les « bêtes et moisissures » (je le rappelle c’est le seul cours que j’ai applaudi). Numérisation? Conservation numérique pérenne? Piloter le changement de normes de catalogage? Management d’un tel établissement? Projets et partenariat dans un tel établissement? et je suis sûre d’oublier encore bien d’autres sujets possibles…mais j’espère que depuis que les intervenants ont eu la possibilité de se coordonner pour évoquer la richesse d’une telle « maison ».

– le jour du cours sur la musique et la vidéo en bibliothèque tous les territoriaux étaient convoqués à l’inset…dommage parce que je crois que nous étions les principaux intéressés! La musique, le cinéma sont des domaines en mutation, sans cesse les DGS nous interrogent sur « pourquoi encore des m² alors que tout se dématérialise? ». Comment construire l’avenir pour nos publics sans un minimum de connaissances sur les modèles, les prestataires et les expérimentations?

– aucune intervention sur la littérature de jeunesse (lacune que je comble progressivement en maudissant l’enssib à chaque fois).  Les enfants représentent une large part du public en territoriale, et il y a des projets à construire et à penser pour eux.  C’était vrai avant la réforme de rythmes scolaires, cela l’est d’autant plus.

– pas assez d’interventions sur l’informatique en lien avec les bibliothèques, mais vraiment pas assez puisque sans être sur un poste avec des responsabilités informatiques ce thème alimente pourtant la majorité de mes lectures dans le fonds pro…Il faut des bases sur les architectures informatiques, sur les modalités  d’échanges de données, sur les portails et comment les enrichir, les formats, les normes.

– un cours sur l’indexation qui a commencé par une « ample » demi-heure sur les indiens je-ne-sais-plus-quoi qui classaient déjà les animaux….ceux qui ont survécu à la dite demi-heure m’ont ensuite assuré que je n’avais rien perdu en cessant d’écouter pour jouer au lancer de morve virtuel (oui c’est une compétence que j’ai acquise à l’enssib et dont je peux dire que je ne me sers jamais au niveau de ma vie pro). Je pense qu’à bac +4 on a tous plus ou moins un tronc commun de culture générale suffisant pour savoir que oui depuis les origines de l’humanité le classement et l’indexation de l’environnement, puis des connaissances a été une question cruciale. Par contre quelles classifications pour quel projet et quelles indexations pour nos usagers cela serait utile? Sinon pourquoi autant de bibliothèques se casseraient-elles la tête sur des espaces thématiques, mixtes ou pas?

– j’ai le souvenir d’un cours dont j’ai eu l’impression qu’il consistait globalement à nous rappeller qu’il fallait dire bonjour, au revoir et merci à la dame…fort heureusement mes parents ne se sont pas contentés de me nourrir ils m’ont aussi éduquée…mais j’étais sans doute déjà devenue de mauvaise foi à ce stade de mon cursus enssibien.

– ma promotion gardera sans doute toujours un souvenir ému de cet enseignant, dont l’enssib a eu la présence d’esprit de se séparer, et qui dans le premier quart d’heure a réussi à affirmer sans sourciller qu' »Aristote n’avait rien compris mais que lui même avait tout compris à tout »…en toute modestie et sans plaisanter.

– je propose que l’on s’inspire des cursus des administrateurs de l’inset, très riches et axés sur la réalité de la vie administrative sous tous ses aspects, mais aussi des formations continues de l’enssib qui sont le plus souvent passionnantes du point de vue de l’actualité ou des fondamentaux thématiques.

– je propose aussi que l’on contacte et sollicite les idées de personnes ayant justement ces profils dont nous avons besoin, ils sont connus de tous ceux qui suivent la biblioblogosphère et ses voisines. Il y a plus d’idées et de propositions qui peuvent émaner de ceux qui justement constatent les besoins au quotidien: conservateurs- apprentis sorciers du code, conservateurs- pourfendeurs du copyright madness, conservateurs- en charge du rayon Mickey et autres conservateurs- spécialistes du marteau piqueur.

– je propose que l’on réforme enfin fondamentalement cette formation sans la séparer complétement de celle des conservateurs d’état, parce que l’enssib est un bel outil, avec des possibilités et que l’équipe en place n’est pas seule responsable de cette situation qui perdure depuis fort longtemps. Et parce que sans parler de « fertilisations croisées », il y a des richesses, des visions à échanger et partager.

Voilà, c’est le fruit d’une discussion au bord du canal Saint Martin un dimanche ensoleillée…..cela n’engage que moi et je ne prétends pas détenir la vérité ou les solutions miracles. Il me semble que cela fait longtemps que des essais de réformes tentent de sauver la formation commune, alors pourquoi ne pas tenter une réforme en profondeur en sollicitant ceux qui en sont issus et qui ont les mains dans le cambouis …de ce qui ne leur fut pas enseigné.

 

PS: petite précision, cet article n’implique pas que je reprends ce blog de façon régulière, mais oui j’accepte que je n’ai peut être pas dis tout ce que j’avais à dire…suivant l’actualité du monde des bibliothèques.

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One Comment leave one →
  1. Premier Avril permalink
    1 avril 2014 9:10

    Tacheau, directeur ! Bourrion, prof principal !

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