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work done 5

18 juin 2009

état de l’art en expérimentation

Nouveaux services

Se rapprocher de l’usager

Ce rapprochement peut prendre deux formes, soit il s’incarne de manière physique, soit il s’incarne de manière métaphorique. Le rapprochement physique permet de faciliter la vie de l’usager en le rejoignant dans ses habitudes ou dans son quotidien. Se mettent ainsi en place des structures satellites dans des gares, comme à Villepreux-Les-Clayes[1] ou à la Costa County Libray (Library-a-Gogo[2]). Dans des stations de métro, autant de lieux de passage et d’attente qui permettent à des personnes qui n’avaient ni le temps, ni le loisir de se déplacer jusqu’à la bibliothèque, de voir celle-ci venir jusqu’à eux. On assiste également à la mise en place de services du type « lire à la plage » comme cela se fait aux environs de Dieppe ou encore à Montpellier. Avec mise en place de dépôts de livres, sur une période horaire correspondant à celle à laquelle les vacanciers y viennent. Cela peut également prendre la forme d’un drive-in[3]. Ces services concernent à la fois des usagers et des non usagers. attenant à la bibliothèque qui permet à l’usager, un peu pressé, d’effectuer ses retours, ses prêts ou de régler ses amendes sans avoir à quitter son véhicule, sur le modèle des fast-foods

Le rapprochement peut aussi prendre une forme métaphorique en s’incarnant dans une interface appelée AquaBrowser[4], qui permet une recherche ergonomique au sein du catalogue. En effet cette interface, double, est un outil d’indexation des données et elle est  centrée sur l’usager. Elle lui permet d’effectuer une recherche qui donne des résultats sur le ou les terme(s) concerné(s) mais aussi sur des termes connexes. Cette application permet de se rapprocher d’une méthodologie de recherche intuitive, qui correspond plus à la façon de procéder des usagers. Tout en lui proposant des accès à des termes connexes comme le ferait un bibliothécaire auquel il se serait adressé pour sa recherche, ce mode de fonctionnement est proche de celui de Google.

Toujours dans l’optique de se rapprocher de l’usager, la bibliothèque publique de San Francisco[5] propose un nouveau service qui consiste à emprunter un bibliothécaire, pour une durée restreinte. Afin d’obtenir soit de l’assistance, soit une formation dans le cadre d’un service totalement personnalisé. Et dans la plus pure tradition des services d’histoire locale, la bibliothèque publique de Denver récupère des documents concernant la vie de ses concitoyens afin de les préserver pour le futur.

Surprendre l’usager

Il s’agit de proposer des services radicalement nouveaux, voire même hors normes, dans le but de provoquer un événement marquant, de créer une opération de communication. Mais également afin d’associer l’idée de surprise à la bibliothèque. Dans ce cadre l’opération sans doute la plus surprenante a été celle du conseil général de Meurthe-et-Moselle appelée « la bibliothèque des livres vivants »[6]. Cette opération consistait à « emprunter », ou plutôt réserver un rendez-vous, avec une personne faisant l’objet d’un préjugé. Il était ainsi possible d’emprunter un handicapé, un bénéficiaire du RMI, un jeune des quartiers, etc. Le but était de permettre d’établir un dialogue entre deux personnes, l’une victime de préjugés, et l’autre susceptible d’en porter sur la première. Cette opération lancée en collaboration avec la FNAC, pour deux journées, utilisait le ressort psychologique du principe d’érosion du préjugé, au cours d’un échange cadré par un règlement. Moins spectaculaires d’autres propositions ont tout autant le mérite de surprendre l’usager par des pratiques auxquelles les bibliothèques l’ont peu habitué.

Ainsi se sont mis en place des services de podcasts, permettant au public de bénéficier de l’écoute ou de la visualisation de fichiers numériques à sa demande. La bibliothèque prenant en charge la compilation de liens ou le stockage de ces documents mis à disposition sur Internet. La Bibliothèque Publique d’Information (BPI)[7] et le réseau des médiathèques de Dole ont par exemple mis en œuvre ces pratiques, au travers d’une collection d’archives diverses. Ces collections sont accessibles en ligne, et sur place par le biais de postes informatiques. D’autres médiathèques font le choix de mettre en place des bornes d’écoute. Lesquelles contiennent soit de la musique en format libre (Automazic[8]) soit de la musique empruntable à la bibliothèque, mais également consultable sur place car numérisée et accessible au moyen d’une borne d’écoute (Kersonic[9]). Bien entendu ces pratiques se heurtent régulièrement aux questions juridiques relatives à ces supports. En effet la loi « droits d’auteurs et droits voisins dans la société de l’information », dite dadvsi, du 3 août 2006, borne strictement les usages en ce domaine.

Il existe également des établissements, comme le réseau des médiathèques de Montpellier agglomération, qui proposent des readers en prêt (des livres électroniques), notamment pour les publics âgés ou malvoyants, car il est possible d’effectuer un paramétrage personnalisé de lecture en agrandi sur ces livres électroniques.

Certaines bibliothèques, comme la DOK, utilisent les technologies les plus modernes telles que le téléchargement à partir de la technologie Bluetooth. Ce qui permet de donner accès à la fois à des contenus numériques, mais également à des informations relatives à la bibliothèque. Ces bornes de téléchargement présentent l’intérêt de pouvoir être placées à la fois dans la bibliothèque, mais également à l’extérieur, dans des lieux de passage, afin d’inciter à la visite de la bibliothèque. D’autres, comme la DOK, mettent en place de véritables studios d’enregistrements musicaux, d’animation, de montage vidéo afin d’offrir à leurs usagers des moyens qui sont peu accessibles à titre individuel.

La sociabilité de l’usager

Une des tendances émergentes en termes d’expérimentation au sein des bibliothèques fait appel à la sociabilité de l’usager, à sa capacité à renouer le contact à la fois avec d’autres usagers mais surtout avec le personnel des bibliothèques. Dans une société contemporaine où il est possible de passer sa journée sans aucun contact avec ses pairs, émerge peu à peu le besoin de renouer ce contact de façon virtuelle ou réelle. Virtuellement le Web 2.0 permet justement de mettre en œuvre un nombre impressionnant de technologies liées à la sociabilité de leurs usagers. Ainsi certaines bibliothèques reprennent à leur compte ces technologies. À travers, notamment le chat ou par le biais de la VoIP (Voice Over IP), qui permet de communiquer oralement via Internet. Il est également possible d’implémenter dans les catalogues un avatar[10] incitant l’usager à poser des questions en cas de besoin, et de faire qu’un bibliothécaire puisse lui répondre, de façon toute aussi virtuelle. La mise en place de forums, de wikis[11], de blogs, de réseaux sociaux[12] sont autant de moyens d’établir un dialogue et de former des communautés autour d’un intérêt commun.

On assiste également à la mise en œuvre de services de jeux, en consultation sur place[13], pour des questions juridiques, ou autour de tournois, d’événements sociaux. En effet il semblerait que des études sur le sujet aient montré que les jeux sont des vecteurs de sociabilité et sollicitent des qualités telles que la résolution de problèmes, la gestion du stress et l’habileté. De véritables communautés de joueurs se créent en ligne, notamment dans le cadre des MMOG (massively multiplayers online games), et le phénomène est reproductible en bibliothèques lors de soirées. Ou plus simplement dans le cadre de matches disputés à la bibliothèque, voire parfois même contre des bibliothécaires. Un des aspects important des jeux est le développement de l’habileté à résoudre des problèmes, un point souvent mis en avant pour défendre leur introduction au sein des bibliothèques[14]. Ceci est devenu d’autant plus vrai que la technologie mise en œuvre avec la console Wii permet de reproduire des gestes naturels. Ce qui résout la problématique de l’apprentissage de la console par les plus jeunes ou les plus âgés, permettant que se crée autour de cet outil un véritable phénomène intergénérationnel. Les mondes virtuels permettent également de solliciter la sociabilité des usagers qui y participent, certaines bibliothèques existent à la fois dans le monde réel mais également dans des univers tels que Second Life[15].

Nouveaux outils

Réseaux sociaux

L’essor sans cesse croissant des réseaux sociaux ne saurait épargner le monde des bibliothèques. En effet leur usage se généralise dans diverses couches de la population et leur simplicité d’utilisation ne fait qu’accroître ce phénomène. Blogs et wikis sont à l’heure actuelle les technologies les plus utilisées par les bibliothèques. À la fois parce qu’ils font appel à des qualités rédactionnelles généralement maîtrisées par les bibliothécaires, mais aussi parce que ces technologies présentent une apparence moins « gadget » que d’autres technologies. Les blogs peuvent remplir plusieurs fonctions : ils peuvent servir à alimenter des ressources thématiques[16], des outils critiques de livres. Ils peuvent être utilisés pour servir de newsletter, de groupes de discussion, de matériau d’enseignement, d’outils de collaboration et de formation (à la fois pour les usagers comme pour les professionnels comme en témoigne la biblioblogosphère). Ils sont aussi des moyens de viser des publics spécifiques en réalisant plusieurs blogs thématiques. Les blogs encouragent la participation de l’usager, la possibilité de faire du marketing en ligne, et de donner une véritable lisibilité en ligne. Les wikis ont sensiblement les mêmes utilisations, bien qu’ils mettent bien plus en avant la structure collaborative à l’origine de leur conception et de leur usage. Ils concernent autant les usagers que les non-usagers.

Le social bookmarking peut être utilisé pour indiquer aux usagers des signets qui sont partagés par d’autres usagers du web, permettant d’autres découvertes par le biais des tags. Pour ce faire diverses applications en ligne sont disponibles : Delicious[17], mais aussi StumbleUpon, Digg qui encouragent la sérendipité, c’est-à-dire qui permettent de trouver quelque chose d’intéressant de manière imprévue. Les forums de réponses permettent d’indiquer la présence de la bibliothèque (Yahoo groups, Yelp), de rendre un service public une visibilité virtuelle.

Les applications communautaires mettent en œuvre des utilisations ludiques, comme les univers virtuels en ligne (Second Life), qui permettent de mettre en place des workshops, des services virtuels de référence, des expositions, des conférences ou des débats. D’autres sites communautaires comme Facebook[18], MySpace, YouTube[19], Bebo permettent à un individu d’initier une communauté. D’autres permettent de communiquer plus simplement : par de courts messages, avec Twitter[20], ou Meebo, MSN, et consorts pour le chat, des applications idéales pour mettre en œuvre un service questions-réponses interactif. Mais ce sont surtout des applications dont l’usage est généralisé, banalisé même auprès des publics, pour une utilisation très réactive. Enfin il est possible pour une bibliothèque d’avoir une présence et une lisibilité virtuelle. Sur des sites tels que LibraryThing[21], qui est un réseau de catalogage social ou encore Lib.rario.us, en effet cela peut aussi permettre de nouer des contacts avec des usagers distants et de signaler des titres que l’on renouvelle en ligne, ou d’informer des usagers réguliers de nouveautés disponibles.

Portails et web

Le retour de la classification à facettes, utilisée pour la navigation et la recherche sur Internet est un apport majeur, elle est transposée au sein des opacs pour la recherche des usagers. Cette technologie est notamment mise en œuvre par l’application AquaBrowser, qui a été évoquée auparavant. Une autre des grandes innovations récentes est le concept de dissémination de l’information sur le web, qui permet de rendre une visibilité virtuelle à la bibliothèque. Toujours afin de faciliter la visibilité de la bibliothèque il est possible de proposer un module téléchargeable pour ajouter la recherche dans le catalogue de la bibliothèque dans la barre de recherche Internet, ou de personnaliser la page d’accueil de chaque usager à la bibliothèque.

On constate une demande croissante des usagers pour des services en ligne complets : inscription, audiotours téléchargeables de la bibliothèque ou visite virtuelle, accès à un ensemble complet des ressources et informations relatives à la bibliothèque et ses services. Il est important pour les usagers d’avoir accès à des univers sur des thématiques diverses avec la possibilité d’importer ces univers pour se les approprier. Il est aussi utile de leur permettre de reconstituer des communautés virtuelles par regroupements thématiques. Le fait de proposer des ressources gratuites en ligne et notamment des applications logicielles nomades serait tout à fait utile et opportun pour faciliter les pratiques nomades des usagers entre la bibliothèque et leur domicile, leur lieu de travail.

Il est également capital que les usagers puissent suivre l’évolution de leurs comptes, réservations, retards et autres par le biais des SMS, mails et fils d’actualité. Ainsi ils peuvent conserver en mémoire leurs recherches par le biais de flux RSS et mettre en place des alertes sur des thématiques précises. Ils sont informés de nouvelles acquisitions dans un domaine qui les intéresse plus particulièrement. La mise en place d’URL (Uniform Ressource Locator) fixes affectées à chaque notice permet de la conserver dans ses signets, mais peut également permettre de la voir indexée par des moteurs de recherche, aboutissant à des résultats, qui idéalement seraient multi supports.

Il est utile de voir le développement de catalogues en ligne permettant les chroniques des notices par les usagers, ajoutées aux critiques issues de sources institutionnelles. Le même système est possible pour l’indexation de mots matières au moyen de tags, permettant aux usagers d’établir des indexations parallèles, ce que permet le social opac ou opac social. De même que la mise en place de systèmes de recommandations, institutionnelles ou non, permettant aux usagers de naviguer au sein des collections (« vous avez aimé….vous aimerez…. »[22]) est un outil qui présente un intérêt avéré. L’importation de ces notices dans une liste de vœux ou de réservations par le moyen de logiciels est aussi une proposition pratique pour les usagers. Ces importations permettent également de faire des playlists (privées ou publiques). Bien sûr l’adjonction de couvertures de documents et de quatrièmes de couvertures dans le catalogue paraît également utile pour vivifier le catalogue et le rendre plus attractif. Tous ces outils ont pour objet de faire le lien entre la bibliothèque en tant que lieu physique et en tant que lieu virtuel.

Mobilité et bibliothèque

Face à l’essor sans cesse croissant des technologies mobiles il est essentiel que les bibliothèques s’interrogent sur le rôle qu’elles ont à jouer pour se positionner sur ces créneaux et combler les attentes des usagers dans ces domaines. Mais également sur la façon d’intégrer ces outils en rapport avec les collections, et de leur donner une place au sein de la politique d’acquisitions, par exemple en renonçant à acquérir les titres disponibles en téléchargement. Il apparaît essentiel de faire entrer ces collections numériques au sein des collections globales de la bibliothèque. Ce qui implique de faire le lien entre toutes ces collections, de mener une réflexion d’intégration au sein de la charte des collections et de la politique documentaire.

L’enquête relative à la place d’Internet dans les sorties culturelles et de loisir des français (décembre 2006)[23] montre qu’ :

« Internet, comme le téléphone mobile, ou l’appareil de photo numérique, stimulent de tels ressorts et engendrent des pratiques sociales, mêlant nouveauté et réinvestissement de pratiques préexistantes (la conversation, la discussion, le courrier, le message), dont la diversité et les formes ont largement échappé aux réflexions prospectives des experts ».

Il y a un double phénomène, à la fois la demande du public allant dans le sens de leurs usages, mais également l’essor de la technologie qui s’accélérant rend possible l’assouvissement de cette demande. Ceci s’accompagne aussi par le développement croissant des offres liées à un usage nomade, que ce soit du téléchargement de musique (Bibliomédias[24]), de podcasts, de Video On Demand (VOD de type Artevod[25]), mais aussi de livres à travers de vastes campagnes de numérisation. En effet non seulement le public a pris connaissance de l’offre de Google books, et de ses campagnes de numérisation de fonds de bibliothèques, mais il est également tenu informé des progressions du projet Guntenberg, de la Bibliothèque Numérique Européenne (BnuE[26]), de Gallica. Autant d’œuvres numériques présentes en quantités considérables, puisque rappelons le, le projet Gutenberg concerne plus de 18 000 livres, la BnuE se fixe pour objectif 6 millions d’ouvrages pour 2010 et Gallica[27] représentera 400 000 volumes à horizon 2010. De nombreuses bibliothèques, (Troyes, Montpellier, Viroflay, etc.), proposent des sources en téléchargement, que ce soit des liens vers des opérateurs institutionnels ou vers des opérateurs privés. Ces téléchargements sont soit en usage local, par le biais des bases de données issues de l’offre Carel, soit en usage distant comme l’extranet de la Cité de la Musique, ce dernier correspondant plus volontiers aux pratiques sollicitées par le public. Cependant là aussi la question juridique reste un point d’achoppement et entrave le travail des bibliothèques. Ainsi le vote de la loi dite « dadvsi » comporte des exceptions relatives au handicap et aux bibliothèques, qui sont jugées insuffisantes par les professionnels, insuffisance renforcée par l’absence de décrets d’application de cette loi.

Les dernières données du CREDOC[28] en matière d’équipements mobiles montrent qu’en 2005 70 % des français sont équipés en téléphonie mobile, dont 10 % servent de moyens de connexion à Internet et 7 % à la consultation des mails. Non seulement le taux d’équipement progresse mais le fossé numérique tend à se réduire.

Les livres électroniques participent de ce mouvement nomade avec des capacités de chargement toujours plus importantes et une autonomie croissante, pour des poids toujours plus légers, ces outils gagnent également en design et en ergonomie, comme le modèle Sony Ebook ou l’Irex Reader 1 000 d’Iliad, dont la commercialisation dans les enseignes grand public se répand. Malgré des tarifs encore très élevés (aux alentours de 300 euros pour les premiers prix), d’où l’intérêt de les inclure dans une politique de services en bibliothèques.

Révolutions ?

De l’offre ?

Si l’on observe attentivement ces nouveaux services et nouveaux usages et que l’on s’interroge sur la profondeur de l’évolution de laquelle ils témoignent, on s’aperçoit qu’il s’agit plutôt d’une adaptation à des outils contemporains qu’une révolution. En effet à l’image des usages contemporains du téléphone portable qui ne sont que la reconduction d’usages plus anciens, les nouveaux usages en bibliothèques ne sont que la reconduction d’usages déjà préexistants. La seule différence réside dans les possibilités offertes par la technologie qui ouvre des perspectives et des possibilités nouvelles et qui doivent être intégrées dans une logique plus globale, celle des collections.

Les documents téléchargeables, ou disponibles en podcasts par le biais du site web ne sont que des prolongations de l’offre physique, seule la technologie les a rendus accessibles en mode « 24/7 » et distant. L’offre en matière de jeux vidéo n’est également que le prolongement moderne des ludothèques de jeux de société. Les signets ne sont que des prolongements modernes des services de références, tout comme les bases de données. Les blogs et wikis sont des prolongements des plaquettes d’informations (guides du lecteur, listes de nouveautés), du service de renseignement, des prolongements des stages formations.

L’attention particulière portée à la mise en scène des collections est un changement notable : soit à travers une scénographie (fruit du travail d’un ou plusieurs spécialistes comme pour la médiathèque Val d’Europe[29]) ou à travers la présentation thématique des collections (collections jeunesse à la bibliothèque Chaptal de la ville de Paris[30] ou encore de l’ensemble des collections comme le projet de la médiathèque centrale de Montpellier). Comme nous l’avons vu précédemment la mise en scène des collections joue un rôle important dans le modèle français des bibliothèques, d’où l’intérêt de ce type de travail.

La seule véritable innovation dans ce domaine est que le bibliothécaire devient un gestionnaire de flux plus qu’un gestionnaire de stock, il est celui qui sert d’intermédiaire pour l’accès à des sources[31]. Cependant l’offre varie peu, elle change de forme : le contenu est rendu disponible sous de nouvelles formes mais il s’agit toujours de donner accès à du contenu. On ne peut donc pas parler de révolution de l’offre, mais de son changement de forme, qui est la seule vraie mutation. Ce n’est pas parce que de nouvelles formes d’offre apparaissent que pour autant les anciennes doivent être comptées pour quantité négligeable. Il existe une cohérence de ces types d’offre qui est à construire et sur laquelle il convient de rester vigilant (ne pas doublonner les acquisitions par exemple).

Des services ?

Peut-on alors parler de révolution des services ? Les services sont peut-être ceux qui ont le plus profondément été affectés par ces changements. Se conformant aux évolutions du Web 2.0 les services des bibliothèques tendent à adopter deux des principaux aspects de ces technologies. L’intervention plus importante des usagers au sein des services, et la possibilité offerte aux usagers de se réapproprier les informations recueillies à la bibliothèque. Un autre apport majeur des technologies est la possibilité pour les usagers distants d’obtenir, malgré cette distance, une e-carte[32] de lecteur leur permettant d’accéder à des services sans pour autant visiter physiquement la bibliothèque. Non inscrits ces lecteurs ne sont comptabilisés que dans les accès distants, dans le meilleur des cas, mais fidélisés par des services en ligne via une e-carte ils deviennent des usagers à part entière, comptabilisés dans les statistiques L’introduction de ces nouveaux services, ou de ces nouvelles formes de services, pose la problématique de leur intégration dans la politique de service de l’établissement. Il convient à la fois de s’interroger sur la pertinence de ces services au sein de la bibliothèque mais aussi du lien à faire entre un nouveau service et les collections. Certains de ces services posent la question du périmètre d’action et des missions de la bibliothèque.

Une importante contrainte pèse sur les bibliothèques, en raison de l’utilisation des technologies, c’est de faire qu’un site web se voit affecter des ressources spécifiques si on veut qu’il soit utilisé. Sans cela il y a un intérêt moindre à faire un site qui ne serait que la représentation fidèle des ressources et services présents au sein de la bibliothèque physique.

Cependant on constate là aussi qu’il est difficile de parler de révolution car beaucoup de ces nouveaux services ne sont que des prolongements d’anciens services, revêtant une nouvelle forme grâce aux avancées technologiques. Ainsi les systèmes de chat en ligne avec les usagers ne sont que des formes modernes du service de référence, appellation qu’ont d’ailleurs conservée peu de bibliothèques américaines. Les services de recommandation intégrés au catalogue ne sont jamais qu’une forme plus développée et contradictoire de la recommandation effectuée par le bibliothécaire auprès d’un usager. Les timelines (axe chronologique généré par logiciel à partir de données sélectionnées) ou la géolocalisation, de romans relèvent elles aussi du conseil que pourrait fournir un bibliothécaire sur des questions d’un lecteur.

Les missions de service public des bibliothèques demeurent les mêmes quelle que soit l’évolution technologique il s’agit toujours de donner accès à de l’information et des collections raisonnées, quel que puisse être le médium utilisé. Même la question cruciale de la conservation des données numériques n’est pas si différente de celle de la conservation des documents et en particulier des documents du dix-neuvième siècle.

Du métier ?

Peut-on alors parler de révolution du métier de bibliothécaire ? Ce métier sollicite des qualités de sens du service public, du contact, des qualités relationnelles, rédactionnelles, le sens de l’organisation, de la communication. Autant de qualités utiles pour l’utilisation des technologies modernes. La rédaction sert autant les blogs que les wikis ou encore les rédactions de critiques, les qualités relationnelles servent autant le chat, que les réseaux sociaux.

Depuis de nombreuses années déjà les bibliothécaires sont habitués à endosser plusieurs rôles dans le cadre de leur profession : médiateur du livre, animateur, lien de la communauté, fournisseur d’informations, formateur. De la même manière un des piliers de leur métier est de rendre possible l’accès, le partage et la dissémination de l’information et de la connaissance. Les bibliothécaires sont habitués à s’investir, à la fois dans leurs missions, mais aussi dans le perfectionnement de leurs compétences. Autant de qualités qui sont toujours autant nécessaires, si ce n’est plus encore, dans le cadre de l’importance croissante des technologies dans leur métier. S’il est vrai que le catalogage qui fut longtemps un des piliers du métier est de moins en moins sollicité et tendra à ne plus l’être, il ne faut pas forcément considérer qu’il s’agit là d’une perte importante. En effet le catalogage a revêtu un rôle important dans l’essor du libre accès, il se trouve qu’il est moins sollicité. Mais d’autres compétences sont escomptées dans le cadre des nouvelles technologies : recherche d’informations, veille scientifique, formation à des méthodologies de recherche. Le cœur du métier demeure le même, seules ses formes changent, son essence perdure.

Les technologies modernes sollicitent d’autres qualités mais qui sont en fait des évolutions de qualités jusqu’alors déjà requises. Les technologies du Web 2.0 ont la particularité de ne requérir que très peu de compétences techniques particulières, elles sont intuitives. Leur apprentissage ne sollicite donc que la familiarité et la compréhension de leur finalité. Ce sont des technologies qui placent les usagers au centre de l’outil, qui sollicitent le goût pour la nouveauté, la communication et la curiosité, ce qui est le cas au sein des bibliothèques. Néanmoins l’expérimentation requiert une qualité essentielle, la pratique régulière et rigoureuse de l’évaluation. On ne saurait lancer de nouveaux services ou de nouveaux outils sans décider de faire un bilan pour décider si l’essai doit être transformé. Or depuis quelques années l’évaluation a fait son apparition au sein des fonctions du bibliothécaire, il ne s’agit donc pas là encore d’une révolution professionnelle.

Ces évolutions ne sont donc pas des révolutions cependant il faut nuancer cette affirmation, car certaines structures ont accumulé un tel retard que la mise à niveau constituera, pour elles, une véritable révolution. De plus certains professionnels, rebutés par ces technologies, perçoivent ces mutations comme des révolutions de leur métier, point de vue qui peut s’entendre.



[1] http://www.lesclayessousbois.fr/culture-vie-associative/kiosque-culturel.html

[2] http://www.contra-costa.lib.ca.us/locations/libraryagogo.html#faqs

[3] http://www.livreshebdo.fr/actualites/DetailsActuRub.aspx?id=735

[4] http://aqua.queenslibrary.org/

[5] http://sfpl.lib.ca.us/sfplonline/asklibrarian.htm

[6] http://www.cg54.fr/cg54/pages/fr/815.htm?script=detailActu.cfm&idActu=318

[7] http://archives-sonores.bpi.fr/

[8] http://www.automazic.net/

[9] http://www.kersonic.com/sonolis

[10] http://www.weblin.com/home.php?room=fr2&lang=fr

[11] http://www.wiki-brest.net/index.php/Biblioth%C3%A8ques_municipales_de_Brest

[12] http://www.parkridgelibrary.org/email.html

[13] http://mediatheque.montpellier-agglo.com/1207861147407/0/fiche___actualite/&RH=1159291833487

[14] KROSKI, E.,  Web 2.0 for librarians and information professionals

[15] http://www.plcmc.org/teens/secondlife.asp

[16] http://manga-japam.over-blog.com/

[17] http://delicious.com/mediamus

[18] http://www.facebook.com/pages/Bibliotheque-de-Toulouse/28421611469

[19] http://www.youtube.com/watch?v=ccdzYPqINYc

[20] https://twitter.com/Pictup ou http://twitter.com/mediatheque68

[21] http://www.librarything.fr/groups/librarianswholibrar

[22] http://mediatheques.valeurope-san.fr/clientbookline/service/reference.asp?output=PORTAL&INSTANCE=EXPLOITATION&DOCBASE=SANVAL&DOCID=0292493403

[23] http://www.CREDOC.fr/pdf/Rech/C233.pdf

[24] http://www.bibliomedias.net/bibliomedias/search_result_notice.php

[25] http://mediatheque.montpellier-agglo.com/98754381/0/fiche___pagelibre/&RH=1159291833487&RF=1212832158216

[26] http://www.bnf.fr/PAGES/dernmin/faq_europeana.htm#a1

[27] http://www.bnf.fr/pages/zNavigat/frame/catalog.htm?ancre=gallica2_edition.htm

[28] http://www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/et-CREDOC2005.pdf

[29]http://mediatheques.valeurope-san.fr/WebContent/Viewer/viewer.asp?INSTANCE=exploitation&EXTERNALID=WBCTDOC_782_WRK

[30] JOUIN, S., « « Où sont les romans qui racontent des problèmes ? » : classer autrement les romans pour les jeunes », Bulletin des Bibliothèques de France

[31] LAHARY, D., « Le rôle du bibliothécaire à l’âge de l’accès », http://www.lahary.fr/pro/2007/leroledubibliothecairealagedelacces.pdf

[32] https://ecard.ccclib.org/index.php?do=english

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