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work done 3

4 juin 2009

Réussite du modèle anglo-saxon ?

Rappel du modèle

Convivialité

Le modèle anglo-saxon de la bibliothèque est avant toute autre chose un modèle fonctionnel et efficace. Ce qui se traduit par des bâtiments simples, dépourvus de toute monumentalité, souples, pouvant s’adapter à toute évolution et tout usage nouveau. C’est à la fois une architecture plastique et fonctionnelle, dont les coûts de fonctionnement sont généralement étudiés de très près lorsqu’il s’agit de constructions récentes. Il a couramment été écrit que cette architecture s’inspire du temple protestant par opposition aux bibliothèques françaises qui elles s’inspireraient de la basilique catholique1.

Henry Faulkner-Brown dresse la liste des dix commandements de l’architecture des bibliothèques anglo-saxonnes2, et développe ainsi les points communs qui existent entre elles et présidant à la réalisation des bâtiments. Il y a d’abord une forte présence de la lumière naturelle, permettant de réduire les charges en électricité. Les volumes sont simples, ce qui permet d’éviter de trop « typer » les espaces et d’augmenter les possibilités de multiples utilisations ou de reconversion à venir. Les secteurs se présentent sous la forme de vastes plateaux, préférentiellement de plain-pied. Les articulations entre les espaces et les étages, s’il y en a, doivent être claires. La circulation facilitée afin de rendre plus aisés à la fois le repérage dans l’espace mais aussi la surveillance des locaux. Historiquement après une première phase de multiplication des espaces séparés, jusqu’en 1880, on assiste à un retour en arrière avec des espaces plus simples et plus ouverts favorisant cette flexibilité d’utilisation.

Tout ceci implique une forme de standardisation des lieux, qui relève de la volonté de malléabilité des locaux. Sans pour autant être dépourvu de convivialité dans la mesure où tout est étudié pour le confort des usagers, une familiarisation rapide avec les locaux et les espaces. Cette ambiance accueillante passe par le choix d’un mobilier simple et confortable et l’interdiction de barrières physiques. Toujours dans la perspective de rendre les lieux attrayants les bibliothécaires anglo-saxons ont très tôt recours au filmolux au profit des couvertures réalisées par les éditeurs, souvent très attractives.

Adaptation

Cette préparation des espaces à une nécessaire plasticité permet l’introduction de divers usages et il semble que le modèle de bibliothèque anglo-saxon ne soit justement plus apte à l’ajustement à de nouveaux usages. Ainsi face à la dématérialisation de la bibliothèque on constate que la culture anglo-saxonne, plus libérale, n’y voit là aucun problème culturel. Dépourvue de tout attachement au symbole de la bibliothèque et de la collection, elle ne souffre pas de ce phénomène comme peut le faire la bibliothèque française. Laquelle vit cette même manifestation sur le mode de la rivalité. Il est dans la nature du modèle anglo-saxon d’être très adaptable, tant du point de vue des services que des moyens. Ce modèle est basé sur la demande, il doit constamment s’ajuster à ces évolutions et savoir mettre en œuvre des services y répondant.

C’est ainsi que très rapidement dans leur histoire les bibliothèques britanniques proposent de nouveaux services : des bibliothèques mobiles en 1850, musique en 1859, (il est à noter que ces deux services furent mis en place par le même bibliothécaire R. W. Roulston), pour les malvoyants et non voyants en 1857, pour les enfants en 1857, pour les scolaires en 1890, libre accès dès 1893 et enfin services économiques aux entreprises avant la première guerre mondiale. La phase récente de ce remarquable sens de l’adaptation sont les services aux immigrants, avec alphabétisation en anglais, cours de familiarisation avec les institutions et la culture, et bien sûr acquisition d’un ensemble de documents dans la langue d’origine de la population migrante. Les bibliothèques américaines, elles, se construisent sur l’identification du rôle social qu’elles ont à jouer en réponse à l’effondrement d’institutions telles que l’Église ou la famille, mais également face au besoin émergeant d’éducation de la population.

Faut-il voir dans cette souplesse extrême du modèle anglo-saxon et sa déclinaison de services en fonction des publics une conception de la lecture publique comme une pratique religieuse ? Un devoir de connaissance pour elle-même et indépendamment du contenu pourvu qu’elle soit performante ? Certains le pensent3. Quoiqu’il en soit il s’agit d’une bibliothéconomie empirique et pragmatique, une réponse adaptée à la demande. Cette tradition d’ajustement a fait du modèle anglo-saxon un modèle d’efficacité et d’innovation, dans la mesure où il fut le premier à mettre en place le libre accès. Avec toutes les modifications de service que cela impliquait : étagères à hauteur humaine, éclairage des travées, signalétique, catalogue pour les recherches du public et sécurisation des collections dès le mois de mai 1893 à Clerkenwell. C’est aussi très tôt après la mise en place de section pour les enfants que des préconisations apparaissent, formulées dès 1885 par J. Potter Briscoe. Afin de développer l’attractivité des sections jeunesse il recommandait l’acquisition d’ouvrages moraux mais non sentencieux, attractifs.

Dans le même souci d’adaptation les bibliothécaires anglo-saxons pratiquent rapidement des horaires d’ouverture larges, en adéquation avec les besoins du public et un catalogage sommaire mais suffisant pour les besoins des utilisateurs. Le modèle de bibliothèque anglo-saxon reconnait trois fonctions essentielles aux bibliothèques : récréation/culture, information et éducation. Ces trois piliers sont demeurés au cœur du métier et de l’action des bibliothécaires jusqu’à nos jours.

Efficacité

À la différence des bibliothèques françaises, les bibliothèques anglo-saxonnes n’ont pas bénéficié de l’héritage révolutionnaire. Pour controversé qu’il fut, cet héritage a permis de constituer un fond de départ permettant à ces dépôts de livres d’avoir des ouvrages à offrir à la consultation. Les bibliothèques anglo-saxonnes ont dû constituer leurs fonds en totalité, par des acquisitions onéreuses et importantes. De ce qui pourrait nous sembler être un handicap elles ont su en tirer parti en mettant en place un essor des collections très fort. Ce développement des collections a très rapidement été orienté non pas sur des ouvrages lettrés mais en séparant clairement deux types d’acquisitions. D’une part les ouvrages de référence et les classiques de la littérature et d’autre part des ouvrages courants, recommandés par les magazines populaires, présentant un caractère attractif, une lecture de loisir. Sans doute faut-il voir une explication partielle à ce phénomène dans le fait qu’à l’origine des bibliothèques britanniques, il y avait la volonté d’écarter les masses laborieuses de l’alcoolisme, alors un véritable fléau menaçant l’ordre public. Les collections devaient donc être suffisamment attractives pour compenser l’attrait inverse pour l’alcool. La nécessité de proposer des ouvrages variés apparaît du point de vue américain, à la Boston Public Library, avec Justin Winsor qui estime important de voir les livres empruntés. La bibliothèque doit apporter une réponse à la plupart des maux de la société, comme le souligne Michael H. Harris4.

Très rapidement l’efficacité est devenue un objectif majeur pour ces établissements, efficience des collections, efficacité des services. C’est donc fort logiquement que les bibliothèques britanniques ont connu les premières les grands débats qui ont agité la profession. Celui de la part croissante de la fiction dans les collections, de manière plus particulièrement intense entre 1876 et 1878, celui du rôle de la presse. Mais également le débat sur la place à accorder aux collections de référence et aux ouvrages sur les métiers. Autant de questions qui se sont rapidement imposées. Autant de débats orientés par la question de la satisfaction des demandes du public et de l’efficacité de l’offre mise en place. Cette recherche d’efficience a conduit les bibliothèques anglo-saxonnes à définir rapidement les limites du rôle de la bibliothèque par expérimentations. Ainsi l’histoire des bibliothèques britanniques, par exemple, mentionne une bibliothèque ayant mis en place le prêt d’animaux de compagnie, ou encore une autre avec accès public à un jardin sur le toit de la bibliothèque pour des essais de jardinage, des observatoires, des salles de jeux, des fumoirs. Autant de propositions de l’ordre de l’expérimentation. Le but étant de voir ce qui pouvait constituer un service répondant à des besoins des usagers. Au-delà du côté anecdotique de ces exemples, on peut saisir comment par des essais de cet ordre le modèle anglo-saxon a pu aboutir à des déclinaisons de services adaptés à des besoins particuliers. C’est ainsi qu’ont pu voir le jour les services de référence et d’analyses économiques pour les entreprises, les services de renseignements rapides, et toutes les déclinaisons suivant la typologie des publics que nous connaissons à l’heure actuelle (bébés, enfants, adolescents, entreprises, immigrants, personnes à mobilité réduite, retraités, etc…). Ces services sont le fruit d’une recherche d’efficacité dans la proposition faite aux publics saisis dans leur extrême diversité.

Ses points forts

Pragmatisme et efficience

Le modèle anglo-saxon est essentiellement illustré par le pragmatisme, qui anime à la fois l’esprit des constructions, des collections et des services proposés. On constate à travers la structuration de différents services autour des divers publics, que c’est une approche pratique, plutôt que théorique qui a été privilégiée. Non que les capacités à conceptualiser soient absentes, loin s’en faut, mais il semble que l’approche soit volontairement axée sur un terrain moins conceptuel et plus pratique. Cette manière d’aborder les problématiques sous l’angle empirique de recherche de solutions, également avec la prise en compte des moyens disponibles, sans s’attarder sur les moyens idéaux est plus particulière au modèle anglo-saxon. Le pragmatisme est défini comme une :

« […] philosophie de la science, dont la rationalité substitue au doute de type cartésien les questions concrètes du savant et qui fonde par là une théorie expérimentale de la signification. Il [le pragmatisme] se présente aussi comme une philosophie de la démocratie, faisant des méthodes de mise à l’épreuve et de vérification qui caractérisent l’esprit de laboratoire le modèle même de la tâche politique 5».

Et c’est cette approche pragmatique qui sous-tend la recherche d’économie de moyens, ou plus exactement d’optimisation des moyens, le « cost effectiveness ». Cette même démarche, encore que partiellement répandue en France, conduit les bibliothécaires anglo-saxons à rechercher les moyens les plus efficaces et donc à analyser les moyens pour les adapter aux buts recherchés. Il s’agit également d’articuler la pratique et la théorie au sein d’un même service.

Polyvalence mais disparités

Certes le modèle anglo-saxon répond à des demandes diverses d’un public tout aussi disparate, sa polyvalence est indéniable, toutefois on constate parallèlement des disparités profondes entre les bibliothèques. Le modèle français présente lui aussi des dissemblances mais elles sont amoindries. Lesquelles sont légèrement corrigées par les normes exigibles pour l’obtention de subventions de construction. Dans le modèle anglo-saxon les disparités sont fortes dans la mesure où chaque collectivité fait le choix de ses investissements en faveur de la bibliothèque, sans que pour autant des subventions dépendent de ces choix. Certaines bibliothèques parviennent à mettre en place des initiatives particulièrement innovantes qui peinent à être généralisées. Il suffit de voir le récent débat amorcé dans la presse par l’intervention d’Andrew Burnham, secrétaire d’État britannique, à la culture, aux médias et aux loisirs. Ce dernier souhaite voir étendre des idées ayant fait leurs preuves, à l’ensemble des bibliothèques6, à savoir une approche plus détendue et plus innovante des services. Cette proposition a soulevé un tollé dans la mesure où certains professionnels privilégient un modèle moins ouvert aux dernières innovations. Refusant ainsi l’introduction de cafés dans les bibliothèques. On constate que, sur ce point, le débat est plus avancé aux États-Unis, dans la mesure où les professionnels ne contestent plus l’opportunité d’implanter des cafés ou d’introduire des jeux vidéo dans les bibliothèques. Sans doute faut-il voir là le signe d’un achèvement du modèle, qui accepte d’aller jusqu’au bout de la logique de la demande.

Les documents officiels reconnaissent volontiers la disparité des situations des bibliothèques dans les pays anglo-saxons. Au Royaume-Uni ces dissemblances sont très fortes. Les locaux ne sont pas toujours aux normes, notamment en matière d’accessibilité. Les dotations budgétaires sont rarement équivalentes, pour ne pas dire qu’il existe des disparités très marquées. D’ailleurs la question des lacunes en matière de budgets d’acquisitions fait l’objet de rappels récurrents dans les débats professionnels. C’est une des doléances évoquées lors des questionnaires d’évaluations et des réactions aux propositions de plans gouvernementaux. Néanmoins les divers plans et programmes gouvernementaux ont tendu dans le sens de la normalisation. À la fois sur le plan de l’évaluation de la performance des bibliothèques, avec des indicateurs normalisés, et sur la mise en place d’outils d’accès à Internet. Ainsi le dernier plan promulgué tend à promouvoir un modèle de bibliothèque se rapprochant des Idea stores, sans pour autant les citer nommément. Nonobstant l’ensemble de ces programmes ambitieux ne doit pas masquer une réalité inquiétante, la fermeture de nombreuses bibliothèques. Cette dernière est estimée pour l’année passée autour de la quarantaine d’établissements et 500 bibliothèques auraient fermé leurs portes dans la décennie ayant précédé 1999, selon le Sunday Times. Alistair Black ne peut s’empêcher de constater7 qu’il existe une réelle difficulté à faire coexister la proposition qui place la bibliothèque au centre de la communauté et la réalité de la faible reconnaissance par la population.

Forte impulsion politique centrale

Comme le souligne Tim Coates, bibliothécaire britannique, dans son blog8 le dernier programme annoncé par le secrétaire d’État à la culture est l’ultime d’une longue série. Plus de vingt plans, programmes ou réformes des institutions ou objectifs de mesure de la performance, en 10 ans. Se sont ainsi succédé : « Due for Renewal », « The people’s network », « 20 national library standards », « Building Better Libraries Services » Review and Recommendations, « Framework for the Future of Libraries », « Better Stock Better libraries », « Love Libraries », « Blueprint for the future », « Adding value to London’s libraries ».

Il est donc difficile de nier le rôle majeur que jouent à la fois l’État et les collectivités locales dans l’impulsion de standards, de plans et de moyens d’évaluation dans les bibliothèques. Et si le nombre de tutelles relatives aux bibliothèques a été considérablement réduit, les institutions produisant des analyses et autres standards s’avèrent nombreuses, croisant le niveau local et le niveau national. Il semble que malgré les mesures d’encouragement à élever les standards et le niveau de performance, les subventions ne soient pas toujours assorties à ces mesures. Toutefois force est de constater que le programme People’s network a porté ses fruits. Il est d’ailleurs quelque peu contradictoire de noter que dans un pays aussi libéral l’État joue un tel rôle moteur dans la politique culturelle, alors même que la délégation locale a été accordée.

La situation aux États-Unis est sensiblement différente en termes d’impulsion politique centrale. Dans la mesure où un premier mouvement significatif fut donné lors de l’adoption de lois au sein des états fédérés, à partir des années 1830. Cependant c’est la publication du rapport « Report » en 1852, fruit du travail de la Boston Public Library, qui donne aux bibliothèques publiques un véritable élan majeur. Cette bibliothèque servant par la suite de référence nationale, pour les autres.

État des lieux chiffré

[faute d’autorisation de l’orgganisme qui publie ces statistiques je dois donc couper cette partie de mon mémoire]

Taux de pénétration dans la population

Moyens mis en œuvre

Services offerts au public

1 BERTRAND, A.-M., KUPIEC, A., « le génie du lieu », Ouvrages et volumes,

3 BERTRAND, A.-M. et KUPIEC, A., « Le génie du lieu », Ouvrages et volumes

4 HARRIS, M. H., History of libraries in western world

5 DELEDALLE, G., article « Pragmatisme », Encyclopedia Universalis en ligne

7 BLACK, A., The Early Information Society: Information Management in Britain Before the Computer

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