Aller au contenu principal

work done 2

29 mai 2009

État des lieux

Essoufflement du modèle français des bibliothèques ?

Rappel du modèle

Attractivité

Le renouveau des bibliothèques françaises est fondé sur un pilier : le geste architectural1, la volonté de manifester de l’audace. Celle aussi de créer des temples de la culture qui s’inséreraient et valoriseraient un tissu architectural local. Des signes de la grandeur et de la beauté d’une politique culturelle marquante, voués à frapper les esprits. La bibliothèque, en tant que bâtiment, est la manifestation de la volonté de rendre ces institutions attractives et marquantes, volonté politique qui se traduit dans la conception du lieu. Des réalisations symboliques qui témoignent d’une volonté commune. Elles sont proches du manifeste, réunies autour de bâtiments imposants, dotées d’une forte visibilité dans le tissu urbain, souvent transparentes en façade. Ces réalisations ont aussi en commun de grands espaces d’accueil, de larges circulations intérieures qui renforcent le sentiment de grandeur, surtout à une époque où les mètres carrés sont devenus précieux. Des aménagements intérieurs, sobres ou audacieux, témoignent encore de la détermination à marquer les esprits. Organisées autour de zones thématiques, de plateaux, ces constructions pour audacieuses qu’elles soient, se révèlent parfois, par trop imposantes, et pas forcément très fonctionnelles. L’attractivité passe parfois avant la convivialité de bon aloi, la simplicité et l’ergonomie.

Toujours pour renforcer l’attractivité de ces établissements il a été procédé à la superposition des « thèques »2. En effet après la mise en place des monographies et des périodiques, et devant l’engouement suscité par la musique d’abord, les images animées ensuite, et le multimédia, les bibliothèques se sont vues adjoindre des espaces. Des discothèques, vidéothèques ou logithèques, parfois même une de chaque, sans que pour autant une réorganisation globale des collections ait été envisagée. Ces superpositions de couches de « thèques », formant en quelque sorte un millefeuille culturel, ont eu de la peine à trouver un mode de cohabitation organique, et rares ont été les établissements qui ont adopté le multi supports par plateaux thématiques. Si cette multiplication des supports n’a pas eu trop de mal à trouver son public, leur insertion véritable au sein des espaces n’a pas connu le même succès. Ces supports culturels, parfois qualifiés de « produits d’appel », ont agité la profession, lançant le débat entre les bibliothécaires, les discothécaires, les médiathécaires. Mais aussi réactivant celui, sempiternel, mais éminemment symbolique, autour du nom à donner à ces nouveaux établissements3 qui offrent des supports diversifiés. Débat encore non résolu, juste en sommeil, tant du point de vue du nom, du qualificatif professionnel que de la symbiose encore à réaliser entre ces différents documents.

Tension(s)

Qualifiée d’héritage pesant la tension entre conservation du patrimoine et lecture publique a longtemps marqué le paysage de la lecture publique française, le partageant entre deux objectifs à priori diamétralement opposés. Cette tension est fondatrice de l’histoire des bibliothèques municipales, elle a longuement influé sur le quotidien des bibliothécaires. Mais elle n’est pas la seule tension qui existe au sein des bibliothèques.

Plus récente historiquement et de plus en plus présente, la tension entre la prétention à l’encyclopédisme et la réponse à la demande, à travers l’adaptation aux publics. Le modèle français s’appuie largement sur la collection du bibliothécaire, sur la prédominance de l’offre sur la demande. Cette prédominance s’inspire de l’idéal encyclopédique, mais pas seulement. Elle repose aussi sur un présupposé politique : celui du rôle de la bibliothèque au sein de la société, qui consiste à garantir à chacun un accès à une information aussi objective que possible, à des collections raisonnées et encyclopédiques.

La tension entre l’encyclopédisme et la réponse à la demande reflète une tentative d’adaptation du modèle encyclopédique français au modèle anglo-saxon. Mais elle représente surtout un véritable déchirement pour certains professionnels qui se considèrent comme les tenants d’une sélection basée sur la qualité, et imposent ainsi à leurs lecteurs une vision de la culture qui se veut légitime. La question de l’opposition entre culture légitime et culture de masse est une problématique centrale pour les personnels des bibliothèques. Nombre d’entre eux se faisant les défenseurs de la culture légitime, s’appuyant sur les rares textes fondateurs des bibliothèques comme le manifeste de l’Unesco4.

Claude Poissenot souligne, lors d’un entretien5, que la réflexion des professionnels sur le public porte essentiellement sur les publics :

« non pour eux-mêmes mais en tant que public d’une offre non questionnée ».

Le fossé qui se creuse entre les professionnels des bibliothèques et le public vient en partie du fait que la vision que les professionnels ont de leur public est celle d’un public idéal. Alors que les utilisateurs de bibliothèques se comportent en consommateurs, refusant le modèle proposé. Les professionnels sont dès lors pris entre deux options : changer les usagers ou remettre en cause le modèle. Cette tension supplémentaire découle directement de la précédente, à savoir la sélection de documents de qualité, qui impose des critères à un public qui ne les a pourtant pas validés. Le modèle des bibliothèques françaises trouve là son point d’achoppement face à un phénomène, signalé par les plus grands sociologues. Ce phénomène consiste pour les publics à revendiquer de pouvoir choisir librement, sans avoir à se référer au conseil des institutions. Cet affranchissement de la légitimité culturelle par les usagers et par le public potentiel des bibliothèques, constitue le point de faiblesse majeur d’un modèle qui jusque-là n’a été aménagé que de façon pragmatique et qui s’avère difficilement capable de s’adapter à ce que sont devenus les publics.

Comme le souligne Claude Poissenot, toujours dans le même entretien, évoquant les travaux de Jean-Claude Passeron, la bibliothèque a confondu deux objectifs :

« Celui de démocratisation de la lecture (et plus largement des œuvres de l’esprit) et celui de la diffusion de référence culturelle jugée supérieure. On a visé le second, on a manqué le premier… et le second car, en effet, la diffusion culturelle ne peut intervenir qu’à la condition que les classes populaires soient présentes ! »6.

Le modèle français des bibliothèques est corseté dans ses principes fondateurs, lesquels l’alourdissent de tensions nombreuses et invalidantes, et font peser sur le public le poids d’une institution et de ses valeurs imposées. Le rejet des valeurs du public, au profit des valeurs de l’institution, creuse un écart de plus en plus important entre les bibliothèques et leurs publics. Dans un contexte dans lequel l’information et les documents deviennent accessibles à distance, ce qui contribue à accroître l’impression d’obsolescence de l’offre proposée par les bibliothèques.

Adaptation difficile

Un certain nombre d’autres raisons rendent difficile l’adaptation de ce modèle aux évolutions contemporaines. La superposition des « thèques » trouve aujourd’hui ses limites. En effet ce n’est pas tant la multiplication d’une offre vaste que recherche le public, mais plutôt une offre adaptée à sa demande, qui soit le reflet de ses besoins et de ses envies. Un des exemples les plus flagrants de cette inadéquation est la présence en bibliothèque d’ordinateurs, accessibles sur rendez-vous ou non. Mais sur lesquels le plus souvent les possibilités sont bridées, et qui sont parfois uniquement destinés à la recherche documentaire. Or l’usage que souhaite avoir le public d’un ordinateur s’apparente plus à l’usage qu’il en a dans le cadre privé qu’à ce qui lui est proposé par la bibliothèque (navigation ludique, chat, téléphonie, téléchargement de documents sur support mobile, mondes virtuels, etc.).

Le personnel des bibliothèques, conforté dans ses positions par le modèle, a parfois du mal à accepter que d’autres usages puissent être légitimes pour le public. L’adaptation à ces nouveaux besoins et à ces nouvelles demandes peine à se faire. Pour que cet ajustement puisse se réaliser, encore faudrait-il que les professionnels soient sensibilisés à ces usages, en maîtrisent les outils, et effectuent une veille sur leur évolution, afin de pouvoir les mettre en place. Non seulement ce n’est qu’occasionnellement le cas, même si l’on constate ici et là quelques actions mises en œuvre, mais surtout on remarque globalement de nombreuses difficultés. Lesquelles sont liées à la fois aux contraintes techniques fortes et à l’absence de formation, ne serait-ce que pour la maintenance des postes informatiques. Bien souvent prisonnières d’architectures réseaux complexes les bibliothèques s’appuient sur des services informatiques extérieurs, lesquels n’ont que peu de temps à leur consacrer, et méconnaissent leurs besoins

La consultation des offres de formation permet de se rendre compte que les formations en nouvelles technologies de l’information et des communications sont plus souvent optionnelles, qu’inscrites dans le cursus obligatoire. De plus ces formations en informatique sont assez souvent mises en place bien après que l’usage de la technologie en question ait commencé à se généraliser. Il existe un décalage entre les usages du public et la pratique des professionnels. Il tend à se creuser du fait de l’accélération du renouvellement des technologies et du retard à la mise en œuvre. Ce qui peut engendrer, chez les professionnels, l’impression d’un éternel retard qui ne peut être comblé, à l’image de « l’éternel retard »7 des bibliothèques françaises. Il découle de l’ensemble de ces points une image obsolète des bibliothèques et de leurs professionnels, qui ne contribue pas à susciter une bonne estime, ni une fierté professionnelles, ce dont témoignent les échanges sur les listes de discussion et les forums.

Ses points faibles

Limitation-concurrence

Les bibliothèques souffrent d’un déficit en termes d’image auprès du public, comme tendent à le montrer de récentes enquêtes89. Un ensemble de facteurs concourt à faire naître dans le public une image négative des bibliothèques : le manque de livres en langues étrangères, la méconnaissance de l’offre, l’image désuète, mais également le rapport des individus à la lecture ainsi que leur rapport au livre en tant qu’objet. C’est ce qui amène Olivier Moeschler à faire des propositions afin d’améliorer ce déficit d’image, proposant de « transformer les ennemis symboliques de la bibliothèque en alliés », comme le silence en calme, la perte de temps en temps pour soi, ou la « boîte à livres » en moyen de redistribution du savoir. Force est de faire le constat suivant il semblerait que la démocratisation culturelle se fasse pour partie sans les bibliothèques. Ce qui a pour conséquence à la fois l’émergence d’un éclectisme culturel, et la fin de l’existence d’une culture légitime. Les individus se déclarent en effet, selon les sociologues, intéressés par diverses pratiques, pour ne parler que de leur rapport au livre10. Le public peut être amené à la fois à lire un roman de qualité littéraire médiocre, et un ouvrage relevant de ce que l’on considère comme la culture lettrée, mélangeant ainsi les pratiques. Cet éclectisme est à la fois le symbole de la revendication d’une liberté dans les choix et le reflet de nouveaux modes comportementaux mettant en avant la conciliation de diverses pratiques. Il met à mal la culture légitime, dont les bibliothèques sont un des symboles, et se font parfois les fers de lance. concernant les bibliothèques. Le public associe les bibliothèques à des lieux présentant presque exclusivement des livres. L’enquête du Centre de Recherche pour l’Étude et l’Observation des Conditions de vie (CREDOC) montre que certains lecteurs ignorent la présence des ordinateurs dans les bibliothèques, d’autres semblent considérer les bibliothèques selon l’image traditionnelle que l’on retrouve assez souvent à travers la littérature

Enfin les bibliothèques se trouvent placées, dans une situation de rivalité dans une société qui est à la fois à l’âge de l’accès et à celui de l’abondance, alors même qu’elles pourraient jouer un rôle d’intermédiaires dans ces deux domaines. La bibliothèque est limitée dans son offre aucune bibliothèque ne pourra proposer une offre illimitée, par contre elle peut mettre en place des accès. Pour cette raison la question de l’accès est centrale à la fois pour les bibliothèques mais également pour les publics à l’heure d’Internet. La première impression, parfois trompeuse, que peut donner Internet est celle d’un total accès à une infinité de ressources. Ceci n’est pas faux mais c’est incomplet, dans la mesure où pour atteindre ce que le public cherche, encore faut-il savoir où le trouver dans la masse d’informations que contient Internet. Or les bibliothèques sont justement des lieux dans lesquels des spécialistes de l’information travaillent et peuvent mettre à disposition leurs compétences au service du public.

Ambigüité-perte de légitimité

Toutefois des éléments importants empêchent les bibliothèques de regagner cette légitimité, ce sont les outils informatiques d’une part et la problématique des nouveaux modes de lecture d’autre part. S’il est vrai que les bibliothécaires sont les mieux placés pour transmettre au public des compétences de recherche d’information et de validation de l’information découverte sur Internet, ils sont aussi peu ou pas préparés à l’utilisation des outils de nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les bibliothécaires sont dépendants, pour la plupart d’entre eux, d’une architecture réseau installée et gérée par des services informatiques indépendants de la bibliothèque. Ils disposent rarement d’un profil informatique leur permettant d’agir sur leurs propres postes. Ce profil étant souvent exclusivement réservé aux membres de l’équipe informatique.

Le parcours de formation des personnels de bibliothèque comporte peu de formations à l’outil informatique. Concernant la fonction publique territoriale les formations mises en place par le Centre National de la Fonction Publique Territoriale (CNFPT) sont souvent exclusivement destinées aux membres des services informatiques par manque de nombre de formations à proposer et devant l’importance de la demande. Ce sont des formations souvent d’un niveau ou d’un thème qui ne peut pas concerner les bibliothécaires (niveau non débutant et thématiques orientées vers la sécurisation ou les lois de protection des données). Les personnels de bibliothèques auraient besoin de formation pour apprendre les dépannages de premier niveau, mais également des notions de base de développement pour pouvoir implémenter des mashups dans leurs catalogues de façon autonome.

Les comportements de type consumériste des usagers entrent en conflit avec le modèle sur lequel sont basées les bibliothèques françaises et fait que les bibliothécaires se trouvent remis en question par ce public. Les personnels des bibliothèques confessent ne pas comprendre ces publics assoiffés de nouveautés et de documents qu’ils jugent de piètre qualité informative ou littéraire. Ils sont démunis face aux demandes et ont le sentiment que leur offre n’est pas en adéquation avec les attentes du public. Or ils se positionnent comme les défenseurs de la culture lettrée et légitime. Le public, de son côté, est dans une logique de pratiques diversifiées et de remise en cause des structures d’autorités et donc ne se retrouve pas dans l’offre des bibliothécaires. Il y a incompréhension mutuelle et désaffection. Pourtant aux yeux du public la bibliothèque, soutenue par ses impôts, est un service dans lequel il doit pouvoir trouver une offre concordant à ses besoins et demandes, ce qui n’est pas le cas. L’incompréhension se renforce d’autant plus que d’autres reproches sont faits aux bibliothèques, parmi lesquels la question des horaires d’ouverture, creusant le fossé entre les bibliothécaires et leurs publics.

Cumul-confusion

Isabelle Baune et Jacques Perriault soulignent le fait que la bibliothèque souffre par ailleurs du trouble suscité par la multiplication des structures assurant la diffusion des « techniques numériques d’accès à l’information »11. En effet en plus de ses propres difficultés internes à mettre en œuvre des apprentissages à la recherche d’information la bibliothèque territoriale est victime de la concurrence, la plupart du temps, mise en place par sa propre autorité de tutelle, comme les espaces publics numériques ou les cyberbases. À cette confusion s’ajoute celle qui est issue de la multiplication des supports au sein de ses collections sans qu’une restructuration du modèle ne fût faite. Encore un certain nombre de non usagers ignorent l’existence d’une telle diversité de collections, sans même parler des services mis à leur disposition. Un des exemples particulièrement frappant est biblioses@me, mis en place par la Bibliothèque Publique d’Information (BPI) en lien avec des bibliothèques territoriales. Les bibliothèques sont contraintes de rajouter un « sous-titre » pour leurs usagers, l’appellation peu significative pour les usagers. Aux États-Unis un tel service s’appelle « ask a librarian » dans toutes les bibliothèques, même si ce service n’est pas national comme l’est biblioses@me. Il y a une confusion entretenue par le fait que les professionnels des bibliothèques n’aident pas toujours leurs publics à connaitre leurs services en utilisant des techniques de communication simples.

Ce déficit de clarté se remarque à bien d’autres niveaux : le recours à une architecture monumentale a été le signe de ce besoin de reconquérir une visibilité nouvelle, mais également la querelle qui a entouré l’usage du terme médiathèque ou des divers autres noms. Ces débats autour du nom à donner aux nouvelles bibliothèques ne sont pas nouveaux, comme le souligne Anne-Marie Bertrand12. Mais ils ont connu un regain d’actualité lorsque dans les années 1970 naissent des bibliothèques qui refusent ce nom pour rompre avec l’image qu’il véhicule. Le nom est certes symbolique, cependant ignorer la force des symboles serait une erreur. Alors que se multipliaient de nouvelles propositions bibliothéconomiques inspirées du modèle anglo-saxon, celui ci n’était que partiellement appliqué dans les bibliothèques françaises. Et même si l’usager se retrouve placé au centre des préoccupations, ce n’est pas pour autant qu’il faut prétendre avoir renoncé au modèle français. Au contraire et comme le souligne Anne-Marie Bertrand citant Bernadette Seibel :

« il [le modèle] réconcilie les deux types d’investissement professionnel […] le militantisme culturel, puisque c’est un outil destiné à étendre l’influence de la bibliothèque au-delà de son public naturel; le service à la demande, puisqu’il permet d’améliorer la qualité du service rendu »13.

Ce modèle est confus et cumulatif de fonctions contradictoires. Et ce trouble s’étend malheureusement de part et d’autres. Tant pour le public que pour les professionnels, qui face à la dématérialisation de la bibliothèque demeurent attachés au symbole et à la collection. Ils souffrent de la rivalité introduite par cette dématérialisation, et sont déchirés par les deux pôles difficilement conciliables de cette nouvelle médiathèque.

État des lieux chiffré

Taux de pénétration dans la population

Il est à regretter que la publication des statistiques annuelles ait cessé depuis 2004 et surtout que les données analysées ne soient pas uniformisées. Effectivement l’analyse statistique permet d’avoir une vision détaillée du paysage de la lecture publique, de mieux saisir les publics touchés mais également le développement des services offerts. C’est en quelque sorte l’équivalent des outils de contrôle de gestion à l’échelon national, permettant de saisir quelles sont les tendances et d’analyser la marge de manœuvre qui permettrait d’améliorer les services. De tels outils permettant également de faire apparaître dans la lumière les angles morts et de pouvoir mettre en place des plans d’actions et des programmes.

Quoiqu’il en soit on constate que les bibliothèques françaises ont pu atteindre une acmé dans le nombre de lecteurs inscrits en 2003, avec 6,8 millions d’actifs, après avoir difficilement reconquis un public, suite à la phase de constructions qui a eu lieu dans les années 1970. Cependant à peine eurent-elles le temps de se réjouir que déjà la courbe ascendante se transformait en courbe décroissante, retombant bien en deçà des chiffres du début des années 2000. L’ensemble des données qui sont citées sont issues du rapport annuel publié par la DLL14. Au-delà de ces chiffres le seul détail diffusé est celui du pourcentage représentant la part des enfants dans cette moyenne nationale, en baisse également, et légèrement inférieur à 36 %. Aucune autre information précise n’est disponible à la différence des statistiques britanniques qui vont jusqu’à détailler la part des populations d’origine ethnique « non blanches ». Par-delà débat légitime que peut susciter un tel recensement, notamment quant aux risques de dérives possibles devant cette statistique particulièrement sensible, il serait intéressant de savoir dans quelle mesure la bibliothèque peut être conduite à participer à l’intégration culturelle et donc être un facteur de cohésion sociale. Le fait que cette donnée soit recensée et analysée dénote aussi de la différence des approches du public entre les deux modèles.

De multiples analyses ont été faites quant à cette statistique et celles relatives aux catégories socioprofessionnelles des publics des bibliothèques. Il ne s’agit pas là de retracer le fil de ces débats, cela devrait faire l’objet d’un mémoire entièrement consacré à ce sujet. Cependant il semble que les bibliothèques françaises concernent majoritairement les classes socioprofessionnelles médianes ou supérieures (cadres et cadres intermédiaires), selon les enquêtes du CREDOC. Ces mêmes enquêtes mettent en lumière le rôle des diplômes et plus particulièrement des études littéraires dans la fréquentation des bibliothèques. Ces informations tendent à confirmer la situation d’échec de démocratisation culturelle. Toutefois comme le rappelle avec justesse Jean-Luc Gautier-Gentès15 la fréquentation de la bibliothèque n’est nullement impérieuse.

Moyens mis en œuvre

Pour l’année 2002 le total des dépenses de fonctionnement est évalué à 694 millions d’euros pour 2 732 bibliothèques ayant répondu. Ce chiffre a évolué au fil des années en partie parce que de nouvelles structures ont été introduites dans l’échantillon et en partie parce que les budgets fluctuent entre chaque exercice budgétaire. La répartition de ce budget entre les différents postes budgétaires se fait comme suit : 81,8 % consacrés aux dépenses de personnel, 13 % employés pour les acquisitions.

Il est intéressant d’analyser ensuite comment se structurent ces budgets et de quelles évolutions ils sont le reflet, ce qui permet d’obtenir une image plus fine de la situation. Ainsi les dépenses en effectifs correspondent à une hausse de ces derniers entre 2001 et 2002. Au niveau des personnels issus des filières non culturelles le chiffre reste stable. On constate une légère augmentation de la part des emplois titulaires au détriment des emplois non titulaires, et que la part des emplois contractuels progresse. On peut expliquer partiellement ces évolutions par le fait qu’une partie des emplois non titulaires est absorbée par la filière à travers une réussite des concours et une intégration statutaire. Les dépenses du personnel évoluent rarement à la baisse dans la mesure où les rémunérations augmentent toujours. En faisant remonter l’analyse plus loin dans le temps, une dizaine d’années, on observe une évolution à la baisse des emplois spécifiques, ainsi que des emplois issus des filières autres que la filière culturelle. Baisse au profit d’une augmentation des emplois précaires, laquelle tend ensuite à régresser. Ceci peut s’expliquer par le recours important au dispositif emploi-jeune, ainsi qu’une hausse importante puis régression de la part des contractuels, imputables aux politiques en faveur de la réduction de l’emploi précaire.

Les collections évoluent à la hausse avec des dépenses en augmentation pour les supports tels que les phonogrammes, les vidéogrammes et tels que les Cdroms. Ainsi ces fonds atteignent des taux de renouvellement importants, voire très satisfaisants pour les vidéogrammes et les Cdroms (plus de 10 %) cependant on note déjà un essoufflement de ces acquisitions si l’on étend l’analyse de ces taux sur une dizaine d’années.

Services offerts au public

Force est de constater là le manque de finesse dans les données restituées. Cependant il convient de reconnaître la difficulté qu’il y a à constituer un questionnaire permettant d’analyser l’ensemble des services mis en place. En effet entre l’exhaustivité et la synthèse il faut choisir les services à la fois classiques, sensiblement communs à de nombreuses médiathèques, et en même temps recenser les pratiques émergeantes pour rendre compte de leur progression. Peut être conviendrait-il de procéder à des recensements périodiques sur ces thématiques, afin de suivre les mutations dans ces domaines sur une périodicité préalablement définie. Ces données sont pourtant, pour les plus génériques d’entre elles, collectées (nombre de postes informatiques, services aux personnes en situation de handicap, animations, sites web, etc.). Il serait intéressant de les voir publiées pour analyser le déploiement de certains services et également les publics concernés. Néanmoins les statistiques françaises n’ont pas grand-chose à envier aux statistiques britanniques sur le sujet, lesquelles ne développent guère la question des services, si ce n’est sous l’angle des services pour personnes empêchées et du déploiement de postes informatiques.

Les services informatiques proposés au public sont en progression : en 2002 72,9 % des bibliothèques représentant 88,1 % de la population desservie proposent des postes informatiques au public. Concernant l’accès à Internet, toujours en 2002, 1 239 bibliothèques sur les 3 012 que compte l’échantillon proposent un accès à Internet, gratuit dans plus de la moitié des cas. Cependant les services offerts en termes d’accès distant à des ressources de la bibliothèque sont encore faibles et il en va de même pour le signalement de références en ligne. Ce sont seulement 4 779 postes permettant l’accès à Internet qui sont mis à la disposition du public au sein des bibliothèques françaises.

Les horaires d’ouverture sont encore faibles, principalement en raison de l’introduction dans l’échantillon de nombreuses petites bibliothèques avec des moyens limités en termes d’ouverture au public. Les bibliothèques françaises atteignent un peu plus de 19 heures hebdomadaires, il est à noter que ce chiffre est très légèrement en baisse, au fil du temps.

Concernant les services à destination des publics empêchés on peut noter que 143 communes ont recours à des bibliobus, 169 au total, afin de desservir l’équivalent de 10 608 632 habitants. Le service des bibliobus est à mettre en rapport avec la desserte mise en place par les Bibliothèques Départementales de Prêt (BDP), qui permettent d’assurer un service aux structures de proximités. Les collections à destination des publics handicapés sont collationnées, mais rarement signalées, ce qui est regrettable.

Enfin le total de prêt de documents et le taux de rotation des collections permettent de se représenter la satisfaction apportée aux usagers par les services documentaires. Ainsi les prêts sont globalement en augmentation, néanmoins on note que les prêts d’imprimés amorcent une phase de stagnation. Cependant si les prêts augmentent, les taux de rotation sont à la baisse. Ce qui tend à indiquer que malgré des collections en hausse et des prêts en hausse le rapport entre les collections et les transactions baisse. La proposition des collections paraît susciter un désir d’emprunt moindre chez les usagers, et cet élément est à mettre en rapport avec le léger fléchissement des inscrits actifs.

1 BERTRAND, A.-M., « La médiathèque questionnée », Bulletin des Bibliothèques de France

2 Ibid.

3 Op.cit.

5 SANTANTONIOS, L., Livres Hebdo, n°692

6 ORCEP, Lecture et bibliothèques publiques : actes du Colloque, Hénin-Beaumont, 20-21 novembre 1981

7 BERTRAND, A.-M., « Regards sur un demi-siècle, cinquantenaire du Bulletin des Bibliothèques de France », Bulletin des Bibliothèques de France

8 MOESCHLER, O., « « Fontaines de la connaissance » ou « musées du livre » ?…les bibliothèques municipales selon leurs non usagers » et MARESCA, B., EVANS, C., GAUDET, F., Les bibliothèques municipales après le tournant le l’Internet

9 CHAINTREAU, A.-M., LEMAÎTRE, R., Drôles de bibliothèques… : le thème de la bibliothèque dans la littérature et le cinéma

10 POISSENOT, C., « Penser le public des bibliothèques sans la lecture », Bulletin des Bibliothèques de France

11 BEAUNE, I. et PERRIAULT, J., « Les bibliothèques de lecture publique », Bulletin des Bibliothèques de France

12 BERTRAND, A.-M., « La médiathèque questionnée », Bulletin des Bibliothèques de France

13 Ibid.

14 DIRECTION DU LIVRE ET DE LA LECTURE, Bibliothèques municipales, bibliothèques départementales de prêt, 2002

15 Gautier-GentÈs, J.-L., « Refonder les bibliothèques municipales : préliminaires », Bulletin des Bibliothèques de France

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :